Comics

Jerry Robinson et Joe Simon, deux géants des comics disparaissent

Par Alain Granat - mardi 20 décembre 2011

Jerry Robinson et Joe Simon, deux géants des comics disparaissent

 

 

Captain America pour Joe Simon, le Joker et Robin, pour Jerry Robinson, sont leurs créatures. Décédés la même semaine, Simon à 98 ans et Robinson à 89 ans, les deux géniaux dessinateurs de l’âge d’or des super-héros ont marqué l’univers des comics.

 

Joe Simon

 

Joe Simon, de son vrai nom Hymie Simon, est né en 1913 à New-York, dans une famille juive venue de Grande-Bretagne, originaire de Leeds. Le père de Joe Simon avait un petit atelier de confection, son fils fera des études de graphisme. Il rejoint l’équipe de Martin Goodman (futur Marvel) et rencontre Jack Kirby (dont le père était également tailleur). Le duo mythique de l’Age d’or des comics frappe d’entrée avec la création de Captain America, en décembre 1940, qui se vend à un million d’exemplaires. Entre la grammaire novatrice et spectaculaire de Kirby, et le style graphique résolument moderne de Simon, le duo sera l’un des plus productifs et demandé de l’époque, au point qu’ils monteront leur propre studio, avant de se séparer en 1955 au moment de la loi de censure sur les comics books, qui ruinera nombre de projets. Simon se reconvertira dans le graphisme publicitaire, avant de lancer un concurrent à Mad Magazine dans les années soixante, puis de reprendre brièvement sa collaboration avec Kirby en 1974, pour le grand retour du duo mythique autour du Sandman. L’excellent roman de Michael Chabon (Prix Pulitzer 2001) intitulé « Les Extraordinaires aventures de Kavalier et Clay » (R. Laffont) s’est librement inspiré de l’histoire des deux hommes.

 

Jack Kirby et Joe Simon

 

 

Sherrill David Robinson  est né le 1er janvier 1922 à Trenton (New Jersey). C’est en 1939, alors qu’il est âgé de 17 ans, que « Jerry » Robinson rencontre Bob Kane, co-créateur de Batman avec Bill Finger, dans un club de tennis. Il travaillera à ses côtés pendant plusieurs années, débutant d’abord comme encreur, avant de contribuer plus largement aux aventures du super-héros. Il sera ainsi à l’origine du Joker, apparu pour la première fois en 1940 – bien que Bob Kane revendiquait avec Bill Finger la paternité du personnage. Interviewé l’année dernière par le New York Times, Jerry Robinson expliquait : « J’ai toujours pensé que les méchants étaient bien plus intéressants« . Il rappelait également avoir eu l’idée du nom du Joker en premier et avoir pensé ensuite aux cartes, ses parents étant des amateurs de bridge. Outre le Joker, Robinson a également contribué à la création de Robin, le partenaire de Batman.

 

 

Dans une passionnante interview réalisée par le blog américain The Silver Age, Jerry Robinson expliquait les raisons de l’omniprésence des créateurs juifs dans l’univers des comics, en particulier lors de son « âge d’or ». Jewpop a retranscrit en français la partie de cette interview consacrée à ce sujet.

Silver Age : En faisant des recherches sur les origines de l’industrie des comics, j’ai été fasciné par le fait que beaucoup de ses créateurs et éditeurs étaient d’origine juive, comme Stan Lee, Julie Schwartz, [Jerry] Siegel, [Joe] Shuster, Bob Kane, Bill Finger, Jack Kirby, Gil Kane…

Jerry Robinson : Et Joe Simon

Silver Age : Bien sûr. Pensez-vous que les traditions juives ont leur importance dans ce don pour raconter des histoires, et des histoires dessinées ?

Jerry Robinson : C’est une partie de l’explication.  Durant les 5 premières années du genre, les créateurs juifs, tout comme les éditeurs juifs, y étaient majoritaires. Sur les 15 grands créateurs de l’Age d’or des comics, 14 étaient juifs.

Silver Age : C’est un pourcentage incroyable.

Jerry Robinson : Le seul qui n’était pas juif était Fred Ray, avec qui j’ai beaucoup travaillé. Il a réalisé quelques unes des couvertures mythiques de Superman. Tous les autres étaient d’origine juive, et il me semble intéressant de comprendre pourquoi. Mes recherches sur le sujet indiquent plusieurs raisons. Et c’est arrivé dans d’autres disciplines, avec d’autres groupes ethniques, donc il n’y a rien d’étonnant à cela. Dans le cas des Juifs, beaucoup d’entre-eux étaient de la 1ère ou seconde génération d’émigrants. Beaucoup avaient quitté l’Europe pour fuir les persécutions et la pauvreté. Et parmi les juifs arrivant aux USA, nombreux aussi étaient les intellectuels et les artistes. Je pense que cette dernière raison a compté en partie. Beaucoup de ces artistes devinrent enseignants à New York, et un grand nombre d’entre-eux furent les professeurs des pionniers de l’industrie des comics.

Silver Age : C’est exact.

Jerry Robinson :  Ils enseignaient dans les meilleures écoles. Stuyvesant High, La New School and Art Students League de New York, la DeWitt Clinton High School du Bronx, où, dans cette dernière école, quelques-uns des premiers créateurs de comics étudièrent : Will Eisner, Bill Finger, Bob Kane. 

Silver Age :  C’est fascinant.  Cette influence majeure des créateurs juifs a continué longtemps après l’Age d’or des comics, cette période que l’on a appelé « l’Age d’argent », même si, bien sûr, des créateurs d’autres origines sont venus rejoindre les « fondateurs », comme vous l’avez mentionné en citant les noms de Infantino, Plastino, Saladino and Giella.

Jerry Robinson :  Absolument.  Les Juifs furent rapidement rejoints par d’autres créateurs de toutes origines. George Roussos, qui fut engagé comme mon assistant, était grec et était arrivé enfant aux USA. 4 de mes plus proches collaborateurs, et parmi mes meilleurs amis, étaient des Irlandais de Boston, les frères Wood. Des catholiques irlandais, qui faisaient partie de l’élite des créateurs de comics. Charlie Biro, le créateur de Daredevil, avec qui j’ai beaucoup travaillé, était hongrois. Tous ces talents provenant de groupes ethniques différents trouvaient du travail dans l’industrie des comics, parce que c’était là où on pouvait trouver du boulot, et là où votre travail avait des chances d’être remarqué. 

 

Jerry Robinson

 

 Alain Granat