Cinema

L’Antiquaire, de François Margolin

Par Alain Granat - vendredi 27 mars 2015

L’Antiquaire, de François Margolin

 

Les œuvres d’art spoliées par les nazis puis acquises par des musées nationaux font régulièrement les unes de l’actualité, lorsque leurs héritiers se battent pour les récupérer. Très récemment, c’est la célèbre frise «Beethoven» de Klimt, possédée par le musée de Vienne, qui en a été l’enjeu. L’Antiquaire, de François Margolin, s’inspire de cette réalité, mené par un casting détonant. Un film aux fausses allures de thriller, qui est aussi une belle histoire de transmission entre un père et sa fille.

 

François Margolin, réalisateur de plusieurs documentaires primés, parmi lesquels «Falashas et 10 ans après», «L’Opium des Talibans», «Les Petits soldats», a offert le rôle principal de son long-métrage à l’excellente jeune comédienne Anna Sigalevitch, que l’on a pu voir sous la direction de Michael Haneke dans La Pianiste. Elle incarne une journaliste juive, Esther Stegmann, qui découvrant par hasard l’existence d’un tableau ayant appartenu à sa famille avant la guerre, va tenter de démêler l’écheveau d’un secret de famille longtemps dissimulé.

 

 

Anna Sigalevitch, toute en charme et énergie, fait face au flegme de l’élégant Louis-Do de Lencquesaing, son mari commissaire-priseur, décidé à l’aider tant bien que mal dans son enquête. Non moins flegmatique, le toujours excellent François Berléand, dans le rôle du père d’Esther, est au cœur du mystère que cherche à percer la pétillante journaliste. Une recherche qui prend des allures de thriller dont on ne vous dévoilera évidemment pas les ressorts, huilés par l’idée ingénieuse d’utiliser pour une grande partie de la bo du film, la superbe partition que Bernard Hermann composa pour La Mariée était en noir de Truffaut.

 

L’Antiquaire restera aussi sans doute le seul moment de cinéma voyant se confronter, pour la première et probablement dernière fois, deux monstres sacrés du théâtre français. Robert Hirsch et Michel Bouquet, tous deux âgés de 89 ans, que l’on découvre face-à-face dans une scène homérique à la limite de la cabotinerie. Un casting qui fait le grand écart côté générations, avec Benjamin Siksou en «jeune premier» dans une courte mais lumineuse apparition, qui confirme tout le bien que l’on pense de lui comme acteur.

 

Alternant scènes de pure comédie, émotion et ambiances pseudo-hitchcockiennes, le film de François Margolin aborde avec délicatesse la question de la mémoire et de la transmission familiale, au travers d’un sujet de société qui touche aussi à  la mémoire de l’État français, pour l’instant toujours aussi peu enclin à agir pour rendre les œuvres d’art volées pendant la guerre en sa possession, malgré les effets de manche des politiques. Un problème qui, selon certains, dépasserait la stricte question juive, même si elle pourrait aller se nicher pas très loin de la Terre Promise. Du côté des antiquités égyptiennes, par exemple.

 

Alain Granat

 

La bande-annonce de L’Antiquaire

 

En salles le mercredi 18 mars 2015

© photos : DR

Article publié le 12 mars 2015. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2015 Jewpop