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L’art de Saul Bass

Par Nicolas Ragonneau - lundi 29 février 2016

L’art de Saul Bass

 

Un livre essentiel célèbre enfin le génie de Saul Bass (1920-1996), le graphiste américain qui a révolutionné l’art de l’affiche et du générique de films.

« Si Saul Bass peut mourir, alors aucun de nous n’est en sécurité. » Ray Bradbury

A cause de lui, aucune blonde à forte poitrine ne pourra plus jamais prendre une douche derrière un rideau sans craindre de se faire poignarder par un psychopathe sapé comme sa mère. Cette scène célébrissime de Psychose, c’est Saul Bass qui l’a imaginée plan par plan pour Alfred Hitchcock. Elle résume assez bien son travail et son esthétique : sens de l’ellipse, économie de moyens, simplicité tendant à l’abstraction, sens du tempo, effet hypnotique sur le spectateur, décontraction West Coast mais raffinement East Coast.

 

 

 

 

Au panthéon du cool au cinéma, Saul Bass fait l’objet d’un culte, au même titre que la désinvolture sexy de Marlon Brando ou Steve McQueen, les musiques de Lalo Schifrin ou les westerns avec Clint Eastwood. Il manquait à ses adorateurs un livre de référence. Quinze ans après sa mort, les éditions Laurence King publient enfin le livre ultime consacré au maître, une bible (en anglais) de 448 pages pour plus de 1400 illustrations, mise en page par sa fille et préfacée par son plus grand fan, Martin Scorsese.

 

 

 

 

La biographie de Saul Bass est typique du rêve américain de l’entre-deux guerres, celle d’un fils d’immigrants venu d’un shtetl  russe au plus fort de la vague d’immigration, en 1907. Né dans le Bronx, son père est fourreur et sa mère s’occupe du foyer (il a une sœur aînée). Il est évidemment doué pour le dessin et les arts plastiques, si bien qu’une fois ses diplômes en poche, il ne tarde pas à travailler pour des agences de publicité, dans lesquelles il s’ennuie. Avant de quitter définitivement New York pour Los Angeles en 1946, il fait une rencontre importante avec le hongrois Gyorgy Kepes, professeur et artiste proche du Bauhaus, qui demeure une influence majeure dans toute son œuvre.

 

Saul Bass

 

Dès son arrivée sur la côte Ouest, l’histoire de Saul Bass se confond définitivement avec celle d’Hollywood : il fait la rencontre de Charlie Chaplin avant de créer des campagnes de publicité pour des films de Mankiewickz, des productions d’Howard Hugues (qui lui donne des rendez-vous délirants dans Los Angeles à toute heure du jour et de la nuit). Elaine Makatura est engagée pour l’assister en 1956, avant de l’épouser en 1961 et de signer de nombreuses réalisations graphiques avec son mari.

 

 

 

Saul Bass devient la coqueluche des cinéastes exigeants, surtout des réalisateurs européens établis à Hollywood et des fortes têtes (Otto Preminger, Billy Wilder, Stanley Kubrick…). Ses créations d’affiches et de génériques révolutionnaires ont souvent beaucoup mieux vieilli que les films eux-mêmes. Normal : Saul Bass a des années d’avance sur tous ses concurrents et même les cinéastes pour lesquels il travaille. C’est lui qui dessine les cultissimes affiches de Vertigo (Hitchcock), de L’Homme au bras d’or et d’Anatomie d’un meurtre (ces deux affiches pour Otto Preminger — pour lequel il dessine pas moins de 13 affiches !).

 

 

 

Le style de Saul Bass est reconnaissable entre mille. L’utilisation des lettres et de la typographie est omniprésente — et devient un personnage à part entière —, de même que les papiers découpés (héritage incontestable de Matisse) et les formes simplifiées à l’extrême. Enfin, il maîtrise à merveille l’espace négatif, le plus bel exemple de cette figuration par défaut étant l’affiche du film Bunny Lake is missing. Le livre reproduit également les créations de logos de Saul Bass, moins connus du public mais pas moins essentiels (Quaker, Minolta, Warner…).

 

 

 

C’est Martin Scorsese qui confie à Saul Bass ses derniers travaux au cinéma (avec Elaine, génériques pour Les Affranchis, Le Temps de l’Innocence, Les Nerfs à vif, Casino). Le tout dernier, le générique de Casino, est peut-être sa plus grande création, un chef-d’œuvre psychédélique, cruel et lyrique, sans équivalent dans l’histoire de l’image animée.

Nicolas Ragonneau

 


 

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Un best-of vidéo des génériques de Saul Bass

Celui d’Ocean’s Eleven (l’original)

Spartacus

 

© photos : DR

Article publié le 26 novembre 2011. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2016 Jewpop