Cinema

Vincent n’a pas d’écailles, mais il est peut-être casher

Par Ingrid Zerbib - mercredi 4 mars 2015

Vincent n’a pas d’écailles, mais il est peut-être casher

 

Dimanche dernier, suivant les bons conseils d’un twittos de confiance, je suis allée voir au cinéma le film « Vincent n’a pas d’écailles ». Réalisé et interprété par Thomas Salvador dans le rôle-titre, ce film raconte l’histoire de Vincent, un jeune homme dont la force décuple au contact de l’eau. Une sorte de super héros à la française, un genre de Croustibatman.

 

Pour vivre ce don en catimini et à fond les branchies, il s’installe dans le sud de la France riche d’étendues d’eau discrètes. Et c’est lors d’une de ses séances aquatiques qu’il rencontre Lucie dont il tombe amoureux. Un film tendre, poétique, reposant, amusant et espiègle par endroit. Mais aqua bon cette histoire ? Y aurait-il une métaphore filée ? Chez Jewpop, on n’est pané de la dernière pluie, et on y a vu du Talmud-Torah en veux-tu en voilà. Démonstration en 10 points.

 

1- Le film est sorti en salle mercredi 18 février 2015, veille de Rosh Hodesh Adar, le mois hébraïque qui correspond au signe zodiacal des Poissons. Coïncidence ? Je ne pense pas.

 

2- Si on tape « eau et Torah » dans Google, les sites spécialisés Aish.fr, Lamed.fr, Hevratpinto.org, viejuive.com, etc déversent leurs savoirs et affichent de telles phrases claires comme de l’eau de roche : « La Torah est comparée à l’eau, sans laquelle toute vie est impossible. Les juifs sont comparés aux poissons qui ne peuvent vivre hors de l’eau. » Vincent, l’homme-poisson qui tire sa force de l’eau, alias David Bendavid, l’homme juif qui tire sa force de la Torah.

 

3- Encore plus dingue. Le prénom Vincent, phonétiquement 20-100. En guematria, la lettre qui vaut 20, c’est Kaf (כ) ; la lettre qui vaut 100, c’est Kof (ק). Et devinez ce que sort Google Translate quand on écrit כק ? Ruisseau. Coïncidence ? Je ne pense plus du tout.

 

4- A un moment, Vincent est sur un chantier, face à un mur qu’il doit casser. Trop facile l’allusion au Mur des Lamentations.

 

5- Plus ardue, une scène anodine avec un renard sur la berge, qui surprend Vincent dans l’eau lequel le fait fuir d’un simple regard. Pourquoi ce renard ? Allusion à la fable de La Fontaine, Le Corps Beau et le Renard ? Peut-être. A ce niveau de judéo-paranoïa, on pencherait plutôt pour une allusion à l’histoire relatée sur lamed.fr, avec Rabbi Akiba en guest star, un renard sournois et des poissons.

 

6- Tout au long du film, Vincent n’utilise jamais de téléphone portable. La seule fois où il en utilise un, c’est à la tombée de la nuit. La fin de Shabbat, évidemment.

 

7- Pendant un bout de temps, on ne le voit pas manger, gageons qu’il fait son Kippour perso, sans avoir oublié au préalable d’avoir multiplié les séances de Mikveh, comme Jésus multiplie les pains.

 

8- Le personnage de Vincent et le film dans son ensemble sont assez silencieux. Les dialogues sont assez rares. Vincent est muet comme une carpe. De là à dire que Vincent est ashkénaze, j’en mettrai ma boutargue à couper.

 

9- A la fin du film, Vincent étant poursuivi par la police parce qu’il a eu une altercation sur un chantier, il traverse la mer et se retrouve sur une terre que l’on suppose être le Canada. Je traduis : Moïse étant poursuivi par le Pharaon et les Égyptiens parce que son peuple en a plein le dos de faire des briques au ciment plutôt qu’à l’œuf, il traverse la mer et se retrouve sur la terre de Canaan. Des feujitifs.

 

10- La chérie de Vincent se prénomme Lucie, la lumière. A un moment, ils parodient la scène de Spiderman et Marie-Jeanne ; Lucie est tête à l’envers, les jambes accrochées à une branche d’arbre, Vincent la tient, ménorah pas l’occasion de l’embrasser sur la bouche.

 

Finalement, en surface, « Vincent n’a pas d’écailles » ne fait pas de vagues. Mais, en s’y plongeant méthodiquement, la paranoïa toute judaïque aidant, il gagne en profondeur. Que les rapprochements à la culture juive soient avérés ou non, on s’en fish au fond. Par les questionnements qu’il a suscités, ce film mérite au moins une Palme.

 

Ingrid Zerbib

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Article publié le 27 février 2015. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2015 Jewpop