Ils sont partout

Pessah is back !

Par Annabelle Nakache - lundi 17 avril 2017

Pessah is back !

 

Préparez-vous pour le nouveau blockbuster de la saison des éditions Torah Comics ! Cette année encore, elle est de retour, la lutte sera sans merci. La guerre contre le hametz sera totale, sortez vos aspirateurs cosmiques à gluten qui fera plaisir à tous les vegans de la Terre. Il n’en restera pas une miette… PESSAH IS BAAAAAAACK !!!!!

 

Pessah c’est quoi ?

C’est Moïse le gentil, Ramsès le méchant, les Hébreux contre les Égyptiens, les 10 plaies, le 1er né, la mer coupée en 2, la traversée du désert, Charlton Heston qui récupère les Tables de la loi, tout ça, tout ça , ok …. Ça c’est bon !

 

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C’est le grand ménage de printemps, la bonne excuse pour nettoyer les trucs que tu ne laves jamais d’habitude, genre les tiroirs de bureau où tu planques des stylos qui ne marchent pas, des tickets de caisse à moitié effacés, des bons de réductions Yves Rocher périmés, des fins de rouleaux de scotch, où tu ne sais pas par quel miracle tu aurais pu laisser une miette de pain là… Mais admettons !

C’est la queue interminable à la boucherie casher, digne d’une file d’attente au marché noir en temps de guerre, avec des gens qui ont l’air fatigué et à l’affut, pour s’arracher les ultimes matzot et les derniers paquets de steaks hachés casher le Pessah, parce que comme tous les ans, malgré tes bonnes résolutions, tu t’y es pris à la dernière minute.

C’est les heures de cuisine pour préparer les plats traditionnels du seder, avec une pression familiale bien plus forte que devant le jury de chefs étoilés de Top Chef.

Mais c’est surtout le dilemme absolu avec cette fameuse question qui peut tuer tous les couples de la Terre : « Alors cette année, on fait le 1er soir chez tes parents ou chez mes parents ? »

 

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Aaaaaaaah tous les ans, la même galère, la même question existentielle, chez qui on va quel soir ? Cette question qui fait l’objet de tractations diplomatiques, de négociations, de cessez-le feu, de processus de paix ou de guerre. Et encore chez les feujs, on est plus pragmatique que les cathos à Noël, on a fait 2 soirs. Mais même avec 2 soirs, il nous faut des jours et des jours pour arriver à se décider, pour savoir répondre à cette question digne de qui veut gagner des millions :

 

Cette année, vous avez prévu de passer les fêtes chez :

A / Votre mère
B/ Votre belle-mère
C/ Vous vous galérez à préparer les fêtes chez vous et à inviter tout le monde
D/ Vous faites appel à un conseiller conjugal

 

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On laisse traîner la réponse jusqu’au dernier moment, de peur de froisser… « J’envoie ma réponse par texto, j’appelle ou je fais un courrier recommandé ? », puis vous vous décidez à aborder le sujet avec votre moitié.

– Cette année, c’est chez ma mère le 1er soir !
– Non, on a déjà fait l’an dernier chez ta mère le 1er soir !
– Oui mais toute ma famille sera là le premier soir et pas le 2ème.
– Oui mais moi ma mère elle va me faire une tête au carré si on n’est pas là le 1er soir.
– Oui mais ta mère, elle adore faire des histoires…
– Oui mais la tienne, j’aime pas ses matza balls et son gefilte fish !!!
– Comment tu oses parler de son gefilte fish ? Ta mère et ses tripes, je peux pas les sentir…
– Si c’est comme ça, tout est fini entre nous !

 

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Puis un peu plus tard chez le juge :

– Pourquoi voulez-vous divorcer ?
– Il a critiqué le gefilte fish de ma mère, votre honneur.
– Et il est bon ?
– J’en sais rien, j’en mange pas, mais lui il n’a pas le droit d’en parler !

 

Il peut y avoir 2 soirs, chaque famille veut qu’on soit là le 1er soir ! Comme si le 2ème, c’était pour du beurre, enfin de la margarine casher, comme si ça comptait pas, comme si c’était revoir le même film deux soirs de suite. Alors évidemment, avant de choisir chez qui on va, on part à la chasse à l’info : qui sera invité ? Est ce qu’il y aura des gens que je peux pas piffrer ? Est-ce qu’il y aura le cousin Michel qui passe son temps à contredire tout le monde ? Est-ce qu’il y aura Tata Muriel qui adore parler de comment elle a réussi son régime ? En gros, chez qui je vais passer la soirée la moins chiante ? Car oui, même si Pessah c’est le folklore traditionnel, c’est aussi ces membres de ta famille que tu n’as pas revu depuis quelques mois et qui vont épuiser le stock des fameuses questions qui tuent : « Alors quoi de neuf ? Alors le boulot ça se passe bien ? Alors il fait frais pour la saison non ? » avant de tomber dans un espèce de silence alternatif par manque de sujets de conversation.

 

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En fait, les 2 soirs de Pessah, c’est comme assister au même spectacle mais avec des comédiens et des façons de jouer différentes. On connait l’histoire par cœur, même bouquin à lire, mêmes prières interminables, mais en fonction des interprètes et du metteur en scène, on passera une plus ou moins bonne soirée.

Déjà la prière, il y a 2 écoles voire 3 voire autant d’écoles qu’il existe de juifs :

– On a l’école de « la prière expéditive incompréhensible »: dans laquelle l’officiant a décidé de battre le record du monde de vitesse de prière, en mâchant tous les mots, alors ça va super vite mais c’est impossible à suivre… Difficile de dire s’il dit vraiment les bons mots… Il pourrait faire le haka des All Blacks, ce serait pareil.

– On a l’école de « la prière à rallonge » : dans laquelle on fait des petits bonus, on invente des passages pas écrits dans le livre pour se faire plaisir, au cas où on trouverait que c’est pas déjà assez long comme ça. Et pourquoi pas faire durer la traversée du désert 100 ans au lieu de 40 ?… Plus c’est long, plus c’est bon…

– On a l’école du « on fait la prière à moitié en hébreu histoire de, et la moitié en français pour que les enfants comprennent ». On prend l’excuse des enfants mais c’est pour que tout le monde comprenne. L’intention est bonne mais va falloir demander aux traducteurs de livres de prières de faire un effort en syntaxe et en vocabulaire, parce qu’en général, dans la plupart des éditions, même quand c’est en français, c’est de l’hébreu…

– On a la version : « je fais genre je lis super bien en hébreu alors qu’en fait j’ai planqué dans mon bouquin la version phonétique pour pas me prendre la honte devant tout le monde »… Assez astucieux et empêche le grand moment de solitude face au « Allez David, à ton tour de lire… ».

– Puis on a la version : « l’officiant qui lit à 2 à l’heure a invité le Michael Schumacher de la prière » (avant le drame) et celui-ci essaie de le reprendre toutes les 3 secondes parce que c’est trop lent.
Barrrr, barrrrr, barrrrr
Baroukh !

 

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N’oublions pas ce fameux moment magique du Ma Nishtana. « C’est qui le plus jeune ? ». Quand tous les ans, c’est toi, et qu’on te force à lire tout seul, tu as l’impression de faire The Voice devant Tonton Mika et Tata Jennifer le dos tourné. Bon, finalement les autres te rejoignent en chœur pour chanter.

– Par contre, chez nous, on fait pas cet air là !
– Mais FERME TA G***** !

 

Puis quand on a enfin traversé le désert, vient le repas qui, si autour d’une même table, des familles sont d’origines différentes : Marocain/Tune, Tune/Algérien, Algérien/Marocain ou pire Sef / Ashké, va tourner au débat d’idées sur les plats traditionnels, aux conférences sur qui fait la meilleure boulette, aux soupes à la grimace.

– Ben chez nous, pour Pessah, on a toujours fait du couscous à la galette.
– Oui mais nous en Pologne, on n’avait pas de couscous !
– Et dans les boulettes, on a toujours mis du cumin.
– Oui mais nous en Pologne, on n’avait pas de cumin !!!

 

Quelles que soient les recettes sélectionnées pour le grand soir, le résultat est le même, t’as pris 8 kilos en une heure et t’as le bide qui s’est transformé en buisson ardent !

 

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Ah la matza, cet aliment friable à l’extérieur indestructible à l’intérieur, meilleur pansement gastrique que l’Imodium, qui peut remplacer le ciment sur un chantier… que serait Pessah sans toi ? Et ça pendant une semaine à coups de sandwichs à la matza que tu essaies de transporter dans ton cartable ou dans ta mallette de boulot, et qui se termine en confettis dans ton sac, tout en bavant devant toutes les vitrines de toutes les pâtisseries qui te narguent : « T’as vu mes œufs de Pâques, tu les aimes mes œufs de Pâques, t’aimerais bien y goûter hein ? ». Un vrai supplice…

 

Le pire souvenir d’enfance que j’ai eu, c’était d’aller à Disneyland pendant Pessah, la bonne odeur du pop corn, des pizzas, des cookies… Aussi sadique que de proposer un Nabuchodonosor de vodka à un alcoolo en pleine désintox.

 

Mais bon, si on fait tout ça, c’est pour la bonne cause, le devoir de mémoire, la convivialité d’un bon moment passé en famille. C’est ça aussi les fêtes, se retrouver, partager ! Quand on pense à ça, tout le reste passe comme un bon gros cigare au miel dans des cuisses.

 

Du coup, je me pose quand même une dernière question importante, essentielle, existentielle : Alors chez qui on passe la Mimouna ? Noooooooooooooooooon !

 

Annabelle Nakache

 

Annabelle est comédienne et se produit  tous les samedis à 21h30 au Théâtre Le Lieu, 41 rue de Trévise à Paris, dans son one woman show « Annabelle est Comic Woman » (lire son interview sur Jewpop ici).

Découvrir le site d’Annabelle et toutes les dates de son show

Réservations sur billetreduc.com

Elle se produira également au festival du rire d’Ashdod le 18 mai

© photos et visuels : DR

 

Article publié le 7 avril 2017. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2017 Jewpop