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Jewfro Style

Par Alain Granat - mercredi 16 mars 2016

Jewfro Style

 

Voilà bientôt 2 ans, un fan de Jewpop, Leo Nataf, étudiant en école préparatoire d’art à Sèvres, me demanda de lui écrire le texte d’introduction de l’un de ses travaux, consacré à la Jewfro. Peu après, je découvrais ses photos, superbement présentées en grand format dans un portfolio qu’il avait eu la gentillesse de m’offrir. Ce sont quelques-uns de ces clichés que vous allez découvrir, portraits de jeunes juifs qui arborent fièrement leur Jewfro avec style et humour.

 

Leo Nataf nous a expliqué sa démarche : « Je m’intéresse à l’identité, et voulais comprendre le rattachement, la similitude, qui existe entre des personnes pour former un groupe. Comment peut-on former sa propre identité quand nous sommes nés dans un groupe qui nous prédispose ? J’ai donc travaillé sur différents groupes ethniques qui peuplent la planète. Mais plus j’avançais dans mes dessins, plus l’identité que j’essayais de retranscrire n’était que superficielle, nourrie d’idées reçues et de clichés. Je me suis alors dit que je devais réfléchir sur ma propre culture, mais quelle était elle ? Je suis Juif, je suis frisé, je suis un Jewfro… Partant de là, j’ai travaillé ces signes d’identité au travers de la peinture, du dessin, de la photo et de la vidéo. J’ai rencontré des personnes porteuses de cette similitude, que j’ai réunies dans un portfolio, emblématique de culture juive et urbaine. »

 

 

La jewfro de Leo Nataf a pris de l’ampleur depuis ce cliché où il pose au côté de ses toiles. Vous la découvrirez dans une seconde parution consacrée au Jewfro Style, voici la première série de ses photos, accompagnées du texte publié dans son portfolio.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jewfro Style

 

Black is beautiful. Le credo du mouvement des années 60 qui consacra la culture noire aux USA, à l’apogée de la lutte pour les droits civiques, trouva son manifeste capillaire dans la désormais mythique coupe afro. Angela Davis, Pam Grier, Jimi Hendrix… La « boule » se portait alors comme un casque virtuel,  emblématique du Black Power, funky et chic.

 

Si les wasp bon teint ne suivirent pas la mode, cheveux raides oblige, du côté des juifs américains, dont beaucoup s’impliquèrent dans la lutte des afro-américains pour leurs droits, bouclettes et autres cheveux frisés offraient un terreau favorable à l’émergence de la Jewfro, contraction d’afro et de jew. La boule, kosher style.

 

Le psychiatre américain Eugene Rubin, dans son livre Headlock: Chronicles of a Psychiatrist’s Son, évoque son adolescence new-yorkaise durant les 70’s et sa vie de collégien, pas si facile que ça, surtout coiffé d’une coupe jewfro. Black is beautiful, but jew is not so cool ?

 

Rubin parle de sa propre expérience d’ado, mais note avec humour que la jewfro se déclina en de multiples variations, arborées par les stars juives de l’entertainment US, des années 70 à nos jours. Il les catégorise même, de la « traditionaliste » (James Caan, Elliot Gould), à la « Fat’n’Funny » (grosse et marrante, arborée aujourd’hui par Seth Rogen, Jonah Hill), en passant par la « California Blonde » (Art Garfunkel), la « Rebelle » (Howard Stern), l’ «Intelligentsia » (Einstein), la « Rockfro » (Dylan, Marc Bolan), la « Pubienne » (Gene Wilder), la « Sistafro » (Barbra Streisand, Bette Midler), et enfin, ne soyons pas sectaire, la « Goyfro » (John Mc Enroe). Il aura sans doute omis dans sa liste une emblématique jewfro, celle de Lenny Kravitz.

 

Si les exemples cités par Eugene Rubin font essentiellement référence à des juifs ashkénazes, aujourd’hui, la jewfro, en particulier en France, est l’apanage des séfarades comme des ashkénazes. Les frisettes ne font pas dans la ségrégation.

 

 

Alain Granat / Jewpop

 

 

© photos : Leo Nataf

Article publié le 14 mars 2014. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2016 Jewpop