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Axum, l’interview exclusive

Par Noa Benattar - dimanche 28 avril 2013

Axum, l’interview exclusive

 

 

Ce n’est pas par hasard si Shaggy a choisi le groupe Axum pour ouvrir son concert en Israël en 2010. L’ incroyable énergie du duo sur scène et leur son unique retournent les foules, électrisées par leur savant mélange de hip hop, reggae et musique orientale. Ce duo originaire de Natanya est formé par Jackson Judah (d’origine marocaine et yéménite) et Reuben Tedross (d’origine éthiopienne), qui rappent en hébreu, anglais ou créole jamaïcain. Leur premier album est sorti sur le label Jdub (Matisyahu, Balkan Beat Box). Ces dernières années Axum se produit partout en Israël ainsi qu’aux Etats-Unis et en Europe, mais malgré le succès, les rappeurs ne prennent pas la grosse tête et restent aussi sympathiques et accessibles qu’à leurs débuts. Le duo a accordé une interview exclusive à Jewpop. Propos recueillis par Noa Benattar.

 

Que signifie Axum et pourquoi avez-vous choisi ce nom de groupe ?

Tedross : Axum est une ville éthiopienne. Selon la tradition, l’Arche avec les Tables de la Loi se trouvait à Jérusalem quand elle fut volée par Ménélik, le premier roi d’Ethiopie (qui était aussi le fils du roi Salomon et de la reine de Saba). Ménélik emmena l’Arche à Axum, et certains disent que les Tables sont toujours là bas.

Jackson : dans un foyer éthiopien, tu trouveras toujours sur le mur une photo de la ville d’Axum, c’est comme la photo de Baba Salé chez les Marocains. On a choisi ce nom parce qu’il relie la culture israélienne à la culture éthiopienne.

 

 

Comment avez-vous choisis vos pseudos ?

Jackson : mon nom de famille est Yehuda. A un moment, j’avais une copine éthiopienne et sa sœur me surnommait « Judayah ». Le nom est resté, et quand j’ai commencé à enregistrer des chansons, mes potes l’ont raccourci en « Judah ». « Jackson » est le surnom qu’on m’a donné dans la pizzeria où j’ai commencé à bosser après avoir déménagé sur Tel- Aviv.

Tedross : dès mon enfance, ma mère m’appelait Tedross. Il s’agit d’un empereur éthiopien appartenant à la dynastie de Salomon et Ménélik. En anglais, on prononce son nom « Tewodros », mais les éthiopiens prononcent « Tedross », et j’ai trouvé que c’était un nom cool, qui sonnait bien dans toutes les langues. Ma mère m’a aussi dit que cet empereur était très beau, et j’ai vu des photos, il me ressemble (rires).

 

Vous avez grandi à Natanya et depuis quelques années vous habitez Tel-Aviv, qui est une ville très différente à beaucoup de niveaux. Comment vous êtes-vous adaptés à Tel-Aviv et comment a évolué votre relation avec Natanya ?

On aime beaucoup Natanya, parce qu’on a grandi dans cette ville et ça a forgé notre caractère, le fait qu’on soit chaleureux, qu’on ne se prenne pas aux sérieux, qu’on soit des déconneurs. Mais au fur et à mesure que le temps passait, on sentait qu’en ce qui concernait la musique, on voulait être là où les choses bougeaient, au centre. On s’est posé la question: les US ou Tel-Aviv ? On a décidé de ne pas partir directement aux Etats-Unis mais d’arriver là-bas une fois qu’on aurait fait nos preuves en Israël. Au final, ces 4 dernières années, on a fait beaucoup de concerts à l’étranger, et pas seulement aux US mais aussi en Europe. Rester à Tel-Aviv était le bon choix !

 

 

En juin 2012, vous avez donné un concert avec DJ Sabbo à Paris dans le cadre du Festival des cultures juives, pour la Fête de la musique. Était-ce le premier concert que vous donniez en France ?

C’était notre premier concert en France et c’était génial, dans un endroit magnifique avec un orchestre de fous et une super production (le concert a eu lieu dans la cour du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, NDLR). En Israël on connaît très bien notre public, on discute vraiment avec les gens, ça fait aussi partie de notre caractère en tant que personnes qui viennent de Natanya. On ne connaissait pas le public français qui était au concert, mais on était très contents de voir qu’il y a eu une super connection malgré la barrière de la langue. On a vu ce phénomène dans d’autres concerts que nous avons fait à l’étranger, et c’est très cool d’arriver à entraîner le public malgré le fait que tu ne le connaisse pas.

 

Avant de former un duo, vous écriviez chacun de votre côté. Comment êtes-vous arrivé à l’écriture et comment écrivez-vous vos chansons aujourd’hui ?

L’écriture c’est quelque chose qui brûle en toi, et ça sort naturellement. Au début nous écrivions chacun de notre côté, mais avec le temps, on s’est rendu compte que les chansons étaient meilleures quand on les écrivait ensemble : on a tous les deux le même sens de l’humour, quand l’un fait une blague, l’autre rebondit dessus. Si on écrivait séparément, on ne pourrait pas faire ça.

 

 

Où avez vous appris le patwa et comment avez-vous appris à rapper ?

Tout comme l’écriture, le rap est aussi quelque chose que tu as en toi et qui sort naturellement, mais c’est très important de travailler là-dessus. On s’apprend mutuellement des choses, on progresse ensemble et c’est très cool. On a appris le patwa à l’époque où on sortait tout le temps en soirées, parce qu’on y entendait tout le temps cette langue. Au début on parlait sans comprendre ce qu’on disait, et on ne comprenait pas comment on arrivait à sortir des phrases entières. Le patwa est aussi une culture à part entière, qui est parfois un peu exagérée mais elle est très drôle, et elle nous rappelle beaucoup la culture israélienne.

 

Quels sont vos artistes/groupes préférés,et ceux qui vous influencent dans votre travail et votre création ?

Jackson : je suis très influencé par Kutiman. Grâce aux travaux incroyables qu’il a fait ces dernières années, j’ai découvert des instruments que je ne connaissais même pas et qu’il a utilisé d’une manière incroyable. Ces dernières années, j’ai aussi découvert Frank Sinatra, James Brown, qui ne sont pas des chanteurs que tu écoutes à Natanya quand tu as 20 ans. On écoutait beaucoup Sizzla, qui est un de nos chanteurs préférés.

Tedross : en plus de la musique afro-américaine, on est aussi très influencés par la musique israélienne orientale classique, comme celle de Zohar Argov et Jackie Mekayten. On écoute et découvre en permanence de la musique et chez chaque artiste, je trouve des choses qui vont m’inspirer.

 

Est ce que vous connaissez un peu le rap français ? Y a-t-il un artiste français avec qui vous aimeriez faire une collaboration ?

Le rappeur Menelik ! (rires)

 

Une question pour Jackson : pourquoi avoir coupé les dreadlocks que tu avais laissé pousser depuis des années ?

Jackson : ça faisait environ 10 ans que je les avais, elles pesaient très lourd, me donnaient trop chaud, et demandaient trop d’entretien. Avec l’âge, ça m’est aussi passé, plusieurs potes les ont aussi coupées et je me suis joint à eux. J’ai gardé mes dreads, elles sont chez moi dans un sac plastique, pliées, rangées, propres, je les parfume aussi de temps en temps, donc elles sentent bon. Elles portent 10 ans de souvenirs. Ma première dreadlock a été faite par le premier pote que je me suis fait à Tel-Aviv, et c’est aussi lui qui l’a coupée. Je sais qui a fait chacune de mes dreadlocks et quand ça s’est passé.

Tedross : tu te souviens aussi à quel concert tu t’es pris chacune d’entre elles dans l’œil. (rires)

 

Noa Benattar

 

Noa Benattar est Music Supervisor en Israël, et l’auteur du blog franco-hébreu La chanson de la semaine.

Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2013 Jewpop

© photos : Noa Benattar, DR

 

Axum sera en concert le 21 Juin 2013 au Barby a Tel-Aviv. Réservations: +972 3 5188-123