Religion

Kaboul, la ville où l’on peut manger un kebab dans une synagogue.

Par Alain Granat - vendredi 10 juin 2011

Kaboul, la ville où l’on peut manger un kebab dans une synagogue.

Une histoire juive dans toute sa splendeur, avec une synagogue, des disputes, c’est bien celle de Zebulon Simentov, le dernier des juifs de Kaboul, capitale de l’Afghanistan. La majorité des juifs afghans, dont l’origine remonterait à l’exil babylonien, ont émigré aux USA et en Israël, où leur nombre est estimé à une dizaine de milliers, les dernières familles juives, environ 300 personnes, ayant quitté Kaboul lors de l’invasion soviétique en 1979. En 2004, il restait 2 Juifs dans la capitale : Zebulon Simentov, alors âgé de 45 ans, et Isaac Levy, 79 ans.

Le premier vendait des tapis, le second mendiait. Leur histoire, tragi-comique, inspirera même l’auteur d’une pièce de théâtre montée à New-York, intitulée « Les deux derniers Juifs de Kaboul »,  mettant en scène la querelle qui anima les deux hommes. Deux Juifs qui se disputent la charge de l’unique synagogue de la ville, son titre de propriété et sa Torah, chacun accusant l’autre d’imposture. Mal leur en prendra de s’en remettre aux autorités de l’époque, les Talibans les envoyant tous deux en prison, en profitant pour voler la Torah, jamais retrouvée depuis. Avec le décès d’Isaac Levy en 2005, faute de combattant, Zebulon Simentov devient le dernier Juif de Kaboul, dépositaire de la tradition et définitivement propriétaire de la shul tant convoitée.

Le petit bâtiment, comportant un étage, est situé dans une rue commerçante de la ville et porte à son fronton un treillage de Magen David entrelacées. Au rez-de-chaussée, où priaient jadis les fidèles, Zebulon, en manque d’argent, a loué la surface à Ahmad, un restaurateur qui propose des kebabs au menu et a joliment redécoré l’endroit avec une peinture murale représentant La Mecque. Ahmad dit s’entendre à merveille avec son ami juif Zebulon,  très apprécié du voisinage pour son penchant pour le whisky, denrée chère, prohibée et fort rare dans la ville.  Zebulon vit dans la petite pièce du premier étage faisant désormais office de logement et de synagogue, où il reçoit les rares visiteurs juifs de passage à Kaboul. Agé aujourd’hui de 52 ans, il n’envisage toujours pas de rejoindre sa femme et ses deux filles installées en Israël depuis plus de dix ans. A un journaliste venu l’interviewer récemment et lui demandant s’il n’avait pas l’intention de les retrouver, Simentov a répondu « Aller en Israël ? Mais qu’est-ce que je ferais comme affaires là-bas ? Pourquoi devrais-je quitter Kaboul ? ». La seule ville au monde où l’on peut manger un kebab dans une shul.

Alain Granat, d’après un article publié par Reuters

Une interview de Zebulon Simentov pour CNN