Religion

Le baal techouva en 3 tares

Par The SefWoman - vendredi 20 mai 2016

Le baal techouva en 3 tares

 

 

La dernière fois que je l’ai vu, c’était à la sortie du Baron. A défaut de conclure avec une pute russe qu’il avait chiné une heure, il me suppliait de l’accompagner à la brasserie l’Alsace pour s’enfiler une entrecôte. Fuyant les cérémonies religieuses comme les contrôles fiscaux, l’éventualité de rentrer dans une synagogue lui donnait autant de sueur froide qu’une convocation au commissariat. Et puis un jour, je le croise rue du Fbg Montmartre. Il court vers la rue Saulnier, me fait un signe de la main en mimant un coup de fil : «je t’appelle ce soir, je suis en retard pour Minha ! ». On a en a tous un (voire plusieurs) dans notre entourage. Le baal techouva, l’impie qui  a décidé de se tourner vers la Thora, est un être étrange. Pour conserver son amitié, attention, il te faudra faire preuve de beaucoup de patience. Voici ses 3 tares et surtout comment les supporter.

 

1/ Il se pose des questions auxquelles seul un rabbin pourrait répondre : «A chabbath, est-ce que je peux déchirer la pellicule d’aluminium pour prendre un doliprane ?», «comment cachérise-t-on une cuillère en bois ?», « si j’enlève un plat de la plaque de chabbath, est-ce que je peux le reposer ?». Telles sont les questions existentielles qu’il peut se poser. Le pire, c’est qu’il n’a ni mal à la tête, ni une cuillère en bois et passe tous les chabbath invité par le rabbin de sa synagogue, aussi content que surpris de l’avoir ramené dans le droit chemin, que Matt Pokora récupérant le 10e NRJ Music Awards de sa carrière au nez et à la barbe de grandes stars internationales. Le baal techouva se pose des questions tordues juste pour le plaisir. Et dès qu’il bute, il peut passer des heures sur des forums ou appeler trois rabbins, dont un au fin fond de Beer-Sheva. Ben oui, faut ce qu’il faut.

 

Mon truc pour passer outre : comme quand ado en cours de physique on captait rien, acquiescer de la tête quand vous croisez son regard. Attendre que ça s’arrête, se promettre d’espacer les rendez-vous.

 

 

2/ Il compte sur toi pour lui présenter une meuf : le même mec qui classait auparavant les femmes en deux catégories, «baisables» et «pas baisables», est donc à la recherche de celle qui l’accompagnera sous la houpa, sous la soucca et chez Berbèche. Depuis le début de votre longue amitié, il t’a fait perdre une dizaine de copines. Si bien qu’à chaque fois qu’une de tes amies s’est risquée à accepter un de ses rendez-vous, tu as pris soin de lui faire signer une décharge rédigée par huissier sur le mode «je déclare avoir bien pris connaissances des risques encourus. La Maison Sefwoman décline toute responsabilité en cas de chagrin d’amour et n’assure aucun service après-vente, ni rendez-vous pour IVG». Aujourd’hui, devenu pratiquant, il fera régulièrement défiler tout ton répertoire d’iPhone.

Lui : «Sarah Brami».

Moi : Mariée.

Lui : «Sandra Cohen Pas répondre».

Moi : Déjà fait.

Lui : Ah bon. Qu’est ce qui n’a pas collé ?

Moi : Tu te l’es tapée dans ta voiture après le 31 en 2011, et quand elle t’a demandé ton numéro tu lui a donné le mien. D’où le «Sandra Cohen Pas Répondre».

Lui : Non, les filles faciles c’est terminé. C’est qui Laurie ?

Moi : Ma nièce.

Lui : Mmhhh….

Moi : Elle a 15 ans. Tu pourrais être son père.

Lui : Tu connais la différence d’âge entre Sarah et Avraham Avinou ?

 

Oui, le baal techouva peut flirter avec la pédophilie en s’appuyant honteusement sur la Bible.

 

Mon truc pour passer outre : lui envoyer très régulièrement des invitations pour des rencontres célibataires dans les synagogues et centres communautaires de Paris, Ile-de-France et la France entière. Plus vite il sera casé, plus vite tu seras dispensée de la corvée de dîner avec lui dans une pizzeria sans âge du 11ème arrdt, où seule la Téhouda du Beth Din de Paris accrochée au mur n’a pas dépassé la date de péremption.

 

 

3 /Il ne se souvient plus du tout de sa vie d’avant : pour le Baal Techouva, il y a un avant et un après, un peu comme le mec qui a arrêté de fumer, qui vient de sortir de prison ou qui a décidé de changer de sexe (j’avoue j’en connais pas, mais j’imagine que trop content de plus avoir de pénis, ce dernier ne s’est jamais fait pincer en train de faire pipi debout). Inutile donc de tenter de lui rappeler ses orgies de filles à Las Vegas ou ses orgies de fruits de mer à Cabourg : le Baal Techouva vous regardera d’un œil contrit et blessé, comme si vous parliez de quelqu’un d’autre. A l’inverse d’un malade d’Alzheimer, il n’a plus de disque dur mais conserve toute sa mémoire immédiate. La preuve : il peut réciter mots pour mots le cours de Guemara auquel il a assisté hier. Il ne résiste d’ailleurs pas au plaisir de te le raconter par le menu, des étoiles dans les yeux et ses notes à la main. La dernière fois que tu l’avais vu si ému, c’est quand il t’avait raconté avoir conduit une Aston Martin One 77  sur la route de la Grande Corniche lors d’un week-end à Monaco.

 

Mon truc pour passer outre : l’aider en lui remémorant les gens, les dates et les lieux clés de son existence d’homme impur. Ne pas hésiter à le taguer sur Facebook avec de vieilles photos où il est en mauvaise posture. Tous les spécialistes le disent, la stimulation reste la clé.

The SefWoman

Ma philosophie se situe entre « A Kippour tout le monde pardonne, sauf moi » (Raymond Bettoun) et « Dieu n’existe pas, mais nous sommes son peuple » (Woody Allen)

 

 

Abonnez-vous au compte Twitter de The SefWoman

The SefWoman sur Facebook

Retrouvez toutes les chroniques de The SefWoman sur Jewpop

 

Article publié le 29 janvier 2013. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2016 Jewpop